Histoire de l’énergie renouvelable au Québec – 1 ère partie : Genèse de l’hydro-électricité

Au Québec, l’énergie produite provient en quasi-totalité des énergies renouvelables1. Cette situation a été rendue possible de par la configuration bien particulière de la belle province, mais aussi grâce à des choix politiques forts à partir des années 1960. Les milliers de cours d’eau, les immenses forêts boréales et la grande capacité éolienne qui la composent ont largement pesé en faveur d’une production écologique de son énergie. Nous revenons sur l’histoire de l’énergie renouvelable jusqu’à nos jours. 

Premier volet de notre série : les origines de l’électricité, l’apparition des premiers monopoles et aussi le développement de l’hydroélectrique et d’Hydro-Québec. 

1878-1879 : Les origines de l’électricité

En 1878, l’Exposition universelle de Paris, met en lumière un nouveau mode d’éclairage : l’éclairage électrique. Cette “bougie électrique” ou lampe à arc a été inventée par Pavel Jablochov, un ingénieur russe vivant à Paris. Un jeune ingénieur Montréalais, J.-A. -I. Craig, assiste alors à l’évènement. Fasciné par cette innovation, il ramènera ensuite le concept de cette lampe à arc à Montréal.  

La même année, l’américain Thomas Edison invente puis popularise la lampe à incandescence. Grâce à cette invention, il aura l’idée d’un centre de production de l’électricité qui desservirait le consommateur final à l’aide d’un réseau de distribution. 

Pionnier du concept de “pipeline virtuel d’énergie”, on lui doit donc le développement de l’électricité partout dans le monde et jusqu’à aujourd’hui. 

1884-1892 : Domination et application de l’électricité au Québec

À la fin du 19ème siècle, la course à l’éclairage entre gaz et électricité fait rage. La société américaine Royal Electric Company établit sa présence à Montréal et réussira à complètement évincer le gaz comme mode d’éclairage des rues. Ainsi à partir de 1889, Montréal verra l’éclairage électrique s’étendre à toute la ville. 

Ailleurs au Québec, la bataille entre gaz et électricité est aussi féroce. Le 30 Septembre 1885, la Quebec & Levis Electric Light Company réussit un coup de communication spectaculaire en éclairant la Terrasse Dufferin, à Québec, à l’aide de 34 lampes à arc. Et pour la première fois en Amérique du Nord, c’est une centrale hydroélectrique qui alimente ces lampes ! Située à plusieurs dizaines de kilomètres de Québec, la centrale du Sault-Montmorency rentre dans l’histoire. 

En 1890, les premiers tramways électriques font leur apparition à Montréal puis dans d’autres villes du Québec, notamment Trois-Rivières et Sherbrooke. Ces “p’tits chars électriques” remplaceront les tramways tirés par les chevaux. Pionniers de la mobilité électrique, ces nouvelles formes de transport changeront le quotidien des Québécois, leur permettant de travailler de plus en plus loin de leur lieu de vie. 

1900-1930 : Apparition des monopoles privés

Les débuts de la Shawinigan

Créée en 1897, la Shawinigan and Power Company (SW&P) ne tarde pas à miser sur l’hydroélectricité. C’est à un jeune ingénieur originaire de Boston, Julian C. Smith, qu’on attribue la conception remarquable de l’aménagement de la rivière Saint-Maurice, une réussite technique et la clé de voûte des succès financiers de la Shawinigan Water and Power Company

La “Shawi” comme on l’appelle familièrement fera le pari d’exploiter tout le potentiel du Saint-Maurice malgré son éloignement des grands centres de consommation de l’époque. Au début du XXè siècle, elle ordonne la construction d’une première centrale hydroélectrique sur la Saint-Maurice à une trentaine de kilomètres au nord de Trois-Rivières. Remarquables à la fois par leur ingéniosité et leur architecture, huit centrales assurent l’exploitation du plein potentiel de la rivière.  

En 50 ans et grâce à son exploitation hydroélectrique, la Shawinigan, bâtit un empire, participe au développement de la ville et attire en Mauricie des industries fortes consommatrices d’électricité : pâtes et papiers, aluminium, produits chimiques.  

Constitution de la Montreal Light, Heat and Power (MLH&P)

Le 28 mars 1901 voit la constitution de la Montreal Light, Heat and Power suite à la fusion de deux entreprises et leurs filiales, la Montreal Gas Company et de la Royal Electric Company. Son président, Herbert Samuel Holt, parviendra à fusionner les concurrents traditionnels (gaz et électricité) et poser les bases d’un futur empire industriel et financier. La centrale de la Rivière-des-Prairies et la centrale de Beauharnois (construction puissante et élégante d’inspiration art-déco), font notamment partie des grandes réalisations de la Montreal Light, Heat and Power Consolidated

La Shawinigan and Power Company et la  Montreal Light, Heat and Power participent toutes les deux à la création d’un monopole qui se partagera le territoire québécois pour la production et la distribution de l’électricité au premier quart du XXe siècle.

1906 : modèle ontarien et municipalisation des réseaux de distribution d’électricité

Premiers signes avant-coureurs de la nationalisation, le besoin de réguler les monopoles de la production, transport et distribution d’électricité. Sous l’impulsion d’Adam Beck, (un influenceur important du milieu des affaires et de la politique), la législature ontarienne adopte une loi qui crée la Hydro Electric Power Commission of Ontario (HEPCO) ou Ontario Hydro. Initialement, l’organisation est simple : au secteur privé la production d’électricité, à la Commission la gestion de son transport, et aux municipalités la gestion de la distribution. 

Le “modèle ontarien” trouve preneur dans la Belle Province, puisque plusieurs villes choisissent de municipaliser les réseaux de distribution d’électricité. 

1922 : La société Alcan au Lac-Saint-Jean

Sous l’égide de William Price et James Duke, un projet d’aménagement de la rivière Saguenay voit le jour. Les deux industriels et financiers s’associent pour y installer une puissante centrale hydroélectrique à l’île Maligne, située à la tête de la rivière. 

Avec le développement de leurs usines de pâtes et papiers mais également d’aluminerie, les besoins en énergies deviennent incontournables. C’est notamment pour répondre aux nécessités croissantes d’Alcan que seront ensuite aménagées plusieurs centrales hydroélectriques : les centrales de la Chute-à-Caron, de Shipshaw, de la Chute-du-Diable, de la Chute-à-la-Savanne et de la Chute-des-Passes. 

1926 : L’exploitation de la Gatineau

La Gatineau Power Company est constituée afin d’installer et exploiter des centrales sur les rivières Gatineau et des Outaouais. Avec l’appui de sa consœur, la Canadian International Paper Co., la Gatineau Power Company établit puis acquiert toutes les petites centrales existantes sur l’Outaouais et ses affluents afin d’alimenter l’industrie des pâtes et papiers. 

1930 – 1944 : Changement de paradigme : la nationalisation

Si les monopoles de production d’électricité ont participé au développement économique de régions entières, leur comportement commercial leur est reproché : tarifs usuriers, manque de service, profits exorbitants ou bien refus d’offrir leurs services dans les zones rurales. 

Avec la crise économique du début des années 30, le chômage apparait, l’activité diminue et les contestations se font de plus en plus nombreuses à l’endroit du “trust de l’électricité”. Sous l’égide du gouvernement libéral d’Alexandre Taschereau, Ernest Lapointe, met sur pied en 1934 une commission d’enquête afin de faire le bilan des agissements de l’industrie. Dans son rapport, la commission condamne l’absence de régulation du marché de l’électricité, recommande la création d’un organisme de régulation aux pouvoirs plus étendus que la commission des Services publics. 

Dans le sillage de la Commission Lapointe, plusieurs organismes de règlementation se succèdent sans succès notable. Elles se confrontent unes à unes au manque de coopération des monopoles, avec la puissante Montreal Light, Heat and Power en tête. 

Porté au pouvoir en 1939, le premier ministre du Québec Adélard Godbout condamne l’inefficacité de ce système privé dominé par des intérêts anglophones, et les alliances entre la Montreal Light, Heat and Power et la Shawinigan Water and Power. Accusé de ralentir le développement industriel de la région, ce monopole sera mis en péril dès 1943 avec la demande de nationalisation de la Montréal Light Heat & Power. 

1944 : La naissance d’Hydro-Québec

Le vendredi 14 avril 1944, après la fermeture de la Bourse, le gouvernement libéral d’Adélard Godbout adopte la Loi établissant la Commission hydroélectrique de Québec. Elle ordonne de l’expropriation de “tous les biens meubles et immeubles servant à la production (sic) et à la distribution du gaz et de l’électricité.” de la Montreal Light, Heat and Power Consolidated et de ses filiales. Hydro-Québec est né !

La nouvelle société d’État récupère un réseau de gaz et quatre centrales hydroélectriques : les centrales de Chambly, des Cèdres, de la Rivière-des-Prairies et de Beauharnois. Sa mission initiale sera de réhabiliter le réseau devenu vétuste et de distribuer aux régions rurales plus reculées.

Le 15 avril 1944, le président de la Commission hydroélectrique de Québec, T.-D. Bouchard, ainsi que les commissaires Georges C. McDonald, Raymond Latreille, L.-E. Potvin et John McCammon, prennent possession du « Power Building », au lendemain de la nationalisation de la Montreal Light, Heat and Power Consolidated.

Source : Archives d’Hydro-Québec

1945-1959 : Les premières réussites d’Hydro-Québec

La demande d’électricité est dopée par la prospérité de l’après-guerre. Hydro-Québec a comme mandat d’améliorer la fiabilité du réseau de transport et de distribution. 

Après avoir créé l’Office de l’électrification rural, Maurice Duplessis, premier ministre de l’époque fait adopter en 1945 la Loi pour favoriser l’électrification rurale par l’entremise des coopératives d’électricité. Il laissera aux communautés locales la responsabilité d’électrifier les régions les moins densément peuplées du Québec.

Suite à la demande de ce dernier, et afin de satisfaire les besoins croissants de l’industrie minière, Hydro-Québec renforce sa présence à partir de 1950 en Abitibi grâce à l’acquisition de la centrale de Rapide-7, et l’aménagement de Rapide-2 sur l’Outaouais.

La compagnie d’État poursuit aussi l’aménagement de la centrale de Beauharnois et se tourne en 1953 vers son premier chantier éloigné : l’aménagement de la rivière Betsiamites, sur la Côte-Nord.

Les projets de la fin des années 1950 offrent un avant-goût du développement hydroélectrique des prochaines décennies. Avec les travaux d’aménagement des rivières Manicouagan et aux Outardes, sur la Côte-Nord, c’est le prélude à de grands exploits techniques afin d’acheminer d’importantes quantités d’énergie et sur plusieurs centaines de kilomètres.  

Un prélude au grands projets et prouesses techniques des années 1960 qui permettront à Hydro-Québec de devenir un symbole de la Révolution tranquille et de rayonner sur le plan international.

À retrouver dans notre prochain épisode :
Histoire de l’énergie renouvelable au Québec – 2ème partie : Les grands défis


Source :

  1. État de l’énergie au Québec. Chaire de gestion du secteur de l’énergie, HEC Montréal. 2021.
    https://energie.hec.ca/wp-content/uploads/2021/02/EEQ2021_web.pdf
  2. Histoire de l’électricité au Québec. Wikipedia.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27%C3%A9lectricit%C3%A9_au_Qu%C3%A9bec
  3. Histoire de l’électricité au Québec. Chronologie. Hydro-Québec.
    http://www.hydroquebec.com/histoire-electricite-au-quebec/chronologie/
  4. Liste des centrales hydroélectriques au Québec. Wikipedia.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_centrales_hydro%C3%A9lectriques_au_Qu%C3%A9bec
  5. hydroélectricite.ca. Histoire de l’hydroélectricité au Québec.
    http://www.hydroelectricite.ca/fr/la-genese-de-lexploitation-hydroelectrique-au-canada.php?hasFlash=true&

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